Actualités de la Fédération du Parti Socialiste Gersois

« La réforme des rythmes scolaires sera l’une de mes priorités » (F. Hollande aux parents d’élèves)

François Hollande a répondu samedi 17 mars à l’invitaton de la FCPE (Fédération des Conseils des Parents d’élève) qui organisait une « journée d’interpellation des candidats à la présidentielle ». Il a donné son point de vue sur l’avenir de l’école, mais aussi sur des sujets très concrets, rythmes scolaires, devoirs à la maison, notes, statut des parents d’élèves, etc…

Retrouvez les principales déclarations du candidat et l’intégralité de son intervention ci dessous.

LES PRINCIPALES DECLARATIONS

1) Rythmes scolaires: une journée scolaire plus courte, plus de jours d’école, retour à la semaine de 4 jours et demi.

« C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école (…) Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours. (…) Je déciderai le retour à la semaine de quatre jours et demi.

(La disparition du samedi a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an)

2) Scolarisation des enfants de moins de 3 ans :

« Parmi les créations de postes que j’ai annoncées (12000 par an), une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. (…) Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

3) Les devoirs faits en priorité à l’école, pas à la maison

« Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

4Les notes à l’école : faire évoluer l’évaluation

« Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

5) Le redoublement

« Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine.

6) Cours particuliers : lutter contre la marchandisation de l’école

« Je suis pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. (…) Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs. Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

7) Une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation

«  Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. (…) Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. (…) Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse. »

8) Financement de l’école privée sous contrat

« J’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. »

9) Statut des représentants de parents d’élèves :

« La première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter. »
– « Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.
– « Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.
– « Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle. (…) Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.
– « Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. (…) Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

 

Intégralité de l’échange

Bonjour François Hollande, merci d’être avec nous. Vous êtes le candidat du Parti socialiste et du Parti radical de Gauche pour cette élection présidentielle. Dans votre programme sur l’école, nous retenons surtout la création des 60 000 postes dans l’éducation et l’augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire. Mais nous aimerions aller plus loin aujourd’hui.

La première question qui vous est posée concerne le statut de parent délégué. Si vous êtes élu, quelles décisions allez-vous prendre pour instaurer un véritable statut de délégué parent ?

D’abord, merci pour votre invitation. J’ai conscience que si nous voulons transformer l’école, si nous voulons faire de l’éducation une grande cause nationale, nous aurons besoin de tous les acteurs, à commencer par les personnels qui se dévouent pour la formation, l’instruction, l’éducation de nos enfants, mais aussi des parents eux-mêmes. Il y a plusieurs idées reçues qui circulent sur l’implication de parents. Il y a l’idée que certains seraient démissionnaires, qu’ils ne comprendraient plus ce qu’est le rôle de l’école et qu’ils s’en seraient éloignés. Il y a sans doute une part de vrai. Mais il y a surtout une telle attente des parents dans l’école, et une telle déception parfois quand il n’y a pas les résultats escomptés ou les moyens mis en place. D’où le rôle indispensable des représentants de parents d’élèves.

Il y a la question de la représentativité. Des progrès ont été faits, on peut mieux faire sur les élections pour qu’elles soient véritablement un moment de vie démocratique et d’implication des parents.

Ensuite, il y a l’interrogation qui m’est adressée sur le statut des représentants de parents d’élèves. Je n’aime pas tellement ce terme de « statut », comme si c’était un moment dans un cursus. Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.

Donc, la première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter.

Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.

Voilà ce que je veux poser comme principes. Oui, il nous faut avoir des droits permettant l’exercice de la mission de représentation. Oui, nous devons regarder avec les employeurs, sans doute progressivement, ce que nous pouvons faire — le premier principe étant l’autorisation d’absence.

Nos parents d’élèves brûlent d’impatience. Cela fait des années qu’on nous parle d’autorisation d’absence. Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle.

Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. Nous rêvons d’une campagne médiatique assumée par l’Etat, comme pour les Prud’hommes, et que cesse cette sempiternelle négociation que nous devons mener chaque année pour pouvoir promouvoir le rôle des parents dans l’école. Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

Un décret est signé par le président de la République ou le Premier ministre. Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.

La question des élections va même au-delà de la communauté scolaire, et vous avez eu raison d’évoquer aussi la désignation des délégués de classe. Voulons-nous des corps intermédiaires ou n’en voulons-nous pas ? Si nous en voulons, il faut que les corps intermédiaires soient les plus légitimes et les plus représentatifs possibles. Si en revanche tout est fait pour qu’ils ne procèdent pas du suffrage, ou de telle manière que leur légitimité soit réduite ou amenuisée, alors les corps intermédiaires seront progressivement dénoncés comme des empêcheurs, comme des freins, et l’on inventera je ne sais quelle démocratie directe, y compris pour l’avenir de l’école.

Franchement, je suis pour les corps intermédiaires dès lors que nous leur donnons toute la représentativité nécessaire. Je retiens donc l’idée d’une journée de la démocratie à l’école, pour qu’il y ait le plus de participation possible. Pour un enfant, la première élection n’est pas forcément celle du président de la République, mais c’est d’abord l’élection du parent d’élève ! J’ai été parent d’élève. Je me souviens que mes enfants m’adressaient des enveloppes en me disant : « il faut aller voter ». Quelle est la terrible déception, parfois, que ces enfants peuvent rencontrer ? C’est quand leurs parents, pour des raisons de temps, pour des raisons de complications ou de défaut d’information, ne le font pas. Si l’on veut qu’il y ait une participation civique élevée, y compris pour l’élection présidentielle — c’est mon intention —, mieux vaut qu’il y ait une participation électorale élevée à toutes les désignations de représentants dans toutes les institutions possibles, et d’abord dans l’école de la République.

Nous prenons acte de cet engagement. Sachez que tout ce que vous dites ici est enregistré et pourra être retenu contre vous !

J’en ai bien l’impression !

Nous avons fermement l’intention de peser au-delà du 6 mai parce que pour nous, ce n’est pas seulement une question d’élection présidentielle. Elle sera suivie par des élections législatives. L’éducation nous préoccupe beaucoup. Notre investissement sera sans relâche jusqu’à ce que le projet éducatif qu’a rédigé notre organisation puisse voir le jour ou du moins prendre corps au travers des politiques publiques d’éducation mises en œuvre.

Nous allons aborder un deuxième thème. Les parents de la FCPE ont le sentiment que l’école maternelle est aujourd’hui une variable d’ajustement dans l’attribution des postes d’enseignants. Vous engagez-vous à rendre obligatoire la scolarisation des enfants à trois ans et à instaurer un droit à la scolarisation pour les moins de trois ans ?

Je fais le constat que depuis dix ans, le taux de scolarisation des moins de trois ans — c’est-à-dire des deux à trois ans — n’a cessé de diminuer dans notre pays. Il y a dix ans, un tiers des enfants de moins de trois ans étaient scolarisés. Aujourd’hui, nous sommes tombés à 10 %.

Vous avez rappelé que j’avais annoncé des créations de postes pour les cinq prochaines années, 12 000 par an. Parmi ces créations de postes, une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. Ceci pour des raisons à la fois de droit à la réussite — toutes les études prouvent que plus tôt est arrivée la scolarisation, plus grandes sont les chances d’un parcours scolaire équilibré — et aussi pour des raisons d’accueil des jeunes enfants dans l’institution. J’ai le souvenir d’une parole qui n’aurait peut-être pas dû être prononcée par un ministre de l’Education, qui pensait qu’en dessous de trois ans, c’était simplement de l’accueil — et encore, de l’hygiène. Non, à partir de deux ans, il est déjà possible de transmettre un certain nombre de règles, de principes, de savoirs et de connaissances. C’est aussi donc une volonté de scolariser tôt les enfants.

Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

Ce sera une obligation ?

Tout enfant dont les parents veulent qu’il soit scolarisé sera accueilli à trois ans. Ce n’est pas l’obligation scolaire à trois ans, je préfère être clair.

Au cours de l’actuelle législature, une réforme a vu la disparition du samedi. Cela a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an. Comment comptez-vous rétablir ces 72 heures perdues ?

En changeant les rythmes scolaires, en revenant sur cette régression des temps, cette régression de la transmission du savoir qu’a été la réforme dont vous avez parlé. C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours.

C’est-à-dire la semaine de quatre jours et demi en travaillant le mercredi ou le samedi matin ?

Absolument.

Est-ce qu’on raccourcit les grandes vacances également ?

Là, vous allez me fâcher peut-être avec d’autres… Mais je pense que si nous voulons gagner des jours, oui, nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école.

Nous allons aborder la question de la pédagogie. La FCPE souhaite la suppression des notes, des devoirs et du redoublement. Y êtes-vous favorable ?

Je vais commencer par les devoirs, parce que je sais que c’est une question qui est avancée régulièrement par votre fédération. Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

Car je suis par ailleurs pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. Cela fera partie aussi de ce que nous pouvons faire pour faire évoluer l’école, et j’y suis prêt.

A quels personnels pensez-vous en particulier ?

Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs.

Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

Est-ce que vous faites une distinction entre l’école primaire et le collège pour les devoirs ?

Je pense qu’il faut faire cette distinction entre l’école primaire et le collège. A l’école primaire, le plus de devoirs possibles doivent être faits à l’école.

Il y avait une question sur les notes. C’est un sujet difficile parce que — je ne parle pas de votre fédération — les parents sont ambivalents par rapport aux notes. D’un côté, nous voyons bien les risques pour l’élève, la souffrance qui peut être la sienne à travers des notations qui peuvent être parfois humiliantes, l’anticipation d’avoir fait un mauvais devoir, le sentiment d’être montré, d’être déjà classé avant même que toutes les chances aient pu être données. Tout cela est vrai. Et en même temps, les parents souhaitent savoir où en sont leurs enfants, où ils se situent, comment ils se comparent à d’autres, s’ils ont progressé.

Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

Etes-vous favorable aux évaluations pratiquées aujourd’hui en CE1 et CM2 ?

Non, il y a eu trop d’évaluations. Qu’on sache exactement quel est le niveau, c’est normal. Mais on ne peut pas demander aux professeurs, sans cesse, d’évaluer. Il y a un moment où ils doivent d’abord enseigner, pas simplement évaluer le niveau, mais plutôt l’élever.

Souhaitez-vous supprimer ces évaluations ?

Nous en discuterons avec les enseignants, c’est quand même avec eux qu’il faut avoir ce dialogue. Et les parents ! Mais là, c’est une intervention pédagogique, même si cela concerne les parents de savoir où en sont leurs enfants. Donc, nous essayerons de trouver la bonne évaluation, mais je pense qu’on ne peut pas sans cesse évaluer le niveau des élèves.

Les parents ont aussi l’intention de faire de la pédagogie. Si cela n’a pas été le cas ces dernières années, ou pas suffisamment entendu, nous comptons bien, dans les périodes à venir, le faire entendre.

Je n’ai pas encore répondu sur le redoublement. Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine.

Nous avons lu avec attention votre programme. Nous parlons, à la FCPE, de la nécessité d’une loi d’orientation et de programmation pour que cessent enfin ces réformes, ces improvisations, ces soubresauts médiatiques, et pour que l’école devienne véritablement quelque chose de construit, l’affaire de tous.

Avez-vous l’intention, si vous êtes élu, de veiller à ce que soit élaborée une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation ?

Ma réponse est oui. Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. Ce travail sera préparé par une vraie concertation avec tous les acteurs de l’école — je dis bien tous : les professeurs, les personnels de l’Education nationale et les parents. Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. Quelle école voulons-nous ? Quelles réformes voulons-nous engager ? Quel travail en équipe pour les enseignants ? Quels rythmes scolaires ? Quels modes d’évaluation ? Toutes les questions que vous avez posées. Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? C’est un sujet qui n’est pas seulement individuel, c’est un sujet citoyen. L’école, ce n’est pas simplement l’affaire des enfants d’aujourd’hui, c’est l’affaire de la France de demain.

Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse.

On m’a donné d’autres comparaisons : 20 000 places de prison supplémentaires, c’est 3 milliards d’euros en investissement et 1 milliard d’euros en fonctionnement. Que préfère-t-on pour donner un signe par rapport à l’avenir ? Moi, je veux faire le choix de l’école de la République.

Mais ces moyens-là devront être au service d’objectifs. Il ne s’agit pas simplement de réparer les dégâts qui ont été commis. Il y en a eu : 80 000 postes supprimés depuis cinq ans, près de 100 000 depuis dix ans. Voilà les conséquences que nous voyons aujourd’hui à travers ces suppressions de classes, parfois d’écoles. Les RASED qui sont mis en cause gravement. Et toutes les structures spécialisées, notamment pour les élèves les plus fragiles. C’est la double peine ! C’est à la fois une diminution générale de postes pour tous les enfants – et donc pour tous les parents concernés – et c’est en même temps vers les quartiers les plus sensibles, vers les zones rurales les plus abandonnées que se font, en plus, les suppressions de postes. Et quand je regarde, même, comment se font les ajustements, ce sont les postes dont les personnes qui les occupaient étaient chargées d’assurer le suivi scolaire, le rattrapage scolaire, l’accompagnement des élèves les plus en difficulté, les plus loin, les plus fragiles – eh bien, c’est vers ces structures-là qu’il a été fait d’abord des suppressions de postes et de moyens.

Donc moi, je ne veux pas simplement rétablir, je ne veux pas refaire ce qui a été défait : je veux qu’en utilisant ces moyens supplémentaires, nous permettions ensemble le changement de l’école pour qu’elle soit encore plus utile, plus efficace, plus sûre pour les enfants de la République.

François Hollande, comme beaucoup de candidats, vous parlez chiffres. J’ai envie de vous parler d’autres chiffres. Depuis de nombreuses années, nous constatons la difficulté, pour les usagers du service public de l’éducation, d’obtenir des statistiques fiables, des chiffres fiables, des évaluations fiables du système d’éducation. Parce qu’en fait, l’Etat et le ministère de l’Education nationale élaborent une politique d’éducation et évaluent également eux-mêmes leur propre politique. Ne serait-il pas concevable que l’évaluation du système d’éducation, du fichier, des différents dispositifs, puisse se faire dans un cadre où les principaux usagers soient également associés ? Où la guerre des chiffres entre ministères et partisans laisserait place à la transparence – d’ailleurs la guerre des chiffres, entre les ratios et les sondages, vous en savez quelque chose ! Nous aimerions, nous, pouvoir disposer de chiffres objectifs, d’évaluations objectives, d’évaluations fiables. Parce qui mieux pourrait participer à l’évaluation du système public d’éducation si ce ne sont les usagers, c’est-à-dire les parents d’élèves et les lycéens eux-mêmes, premier pôle des usagers du système public d’éducation ?

La mesure est déjà un choix. Si nous ne parvenons pas à donner l’indication juste, nous ne pouvons pas poursuivre une politique juste. Le défaut de statistiques et le manque d’informations fiables conduisent nécessairement à des arbitrages contestables. Donc je partage votre volonté. Il y a tous les moyens au sein du ministère de l’Education nationale. Tous les moyens aussi auprès de l’Insee, auprès de toutes les structures d’évaluation, pour que nous puissions avoir toutes les données, toutes les informations permettant d’avoir une bonne connaissance du système éducatif et de ses résultats. Je suis prêt, donc, là-dessus à répondre à votre exigence.

Cela vaut dans tous les domaines. Il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas. Je vais m’éloigner un moment de l’école : la souffrance au travail. Nous savons mesurer le chômage – et encore, pas complètement. Nous savons mesurer la qualification – et encore, imparfaitement. Mais la souffrance au travail, est-elle mesurée ? Comme elle n’est pas mesurée, elle est souvent ignorée. Et quand elle vient, c’est souvent à partir de faits divers dramatiques. Chacun en a à l’esprit. Si je reprends votre interpellation, quand il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas, nous ne les réduisons pas ou nous ne les attaquons pas. Donc je suis pour un système le plus large possible. Et alors là, si nous pouvons nous mettre autour de la table ensemble et les définir, ce sera bien volontiers que je le ferai.

Nous en prenons acte.

Alors, François Hollande, une nouvelle question de la salle. Aujourd’hui, la loi impose le financement de l’école privée sous contrat. Certaines collectivités vont même au-delà de leurs obligations. Quelle est votre position sur ce point ?

Moi, je suis d’abord pour que les règles soient les mêmes pour tous. Premier point. Et je vais prendre un exemple. Quand il y a eu des suppressions de postes dans l’Education nationale, il y en a eu plus dans l’école publique qu’il n’y en a eu dans l’école privée. Quand nous rétablirons – car nous rétablirons – les moyens, nous rattraperons d’abord les moyens qui ont été perdus dans l’école publique. Et pour l’école privée, qui a perdu moins de moyens, les rattrapages se feront – mais à hauteur de ce qui a été perdu. Je préfère, là aussi, avoir le langage de la franchise – d’autant que tout est enregistré ! Ensuite, j’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. Est-ce que je suis clair ?

Je vous demanderai une précision de plus. Nous savons qu’en certains points du territoire, les parents n’ont pas le choix. Ils doivent inscrire leurs enfants dans une école privée. Au moment où nous parlons d’une France laïque, comment pensez-vous faire pour imposer aux collectivités locales réticentes, voire hostiles à la création d’écoles ou d’établissement publics, le fait qu’il faille le faire et que cela est incontournable pour le respect des principes de la République ?

Ce sont des cas qui ne sont pas si fréquents mais qui, dans certaines régions, existent. Et notamment dans l’ouest – pas n’importe quels départements de l’ouest –, où il n’y a pas de collège public dans la zone considérée. Vous savez que la construction d’un collège est de la responsabilité des conseils généraux. Nous sommes devant cette difficulté. Nous devons donc trouver là une forme d’égalité pour les parents qui veulent scolariser leurs enfants. Mais ce n’est quand même pas à l’Etat – vous vous rendez compte ! – de construire à la place du conseil général. Il faudra donc sans doute poser cette obligation, car ce n’est quand même pas à l’Etat de payer à la place des conseils généraux qui ne voudraient pas assumer leurs obligations – ce serait quand même trop facile. Donc c’est à l’Etat de poser cette obligation à tous les départements.

Une dernière question vous est adressée émanant de la salle. Quelle décision concrète prendrez-vous pour que la gratuité soit effective aussi bien durant le temps scolaire que périscolaire (transport scolaire, restauration, etc.) ?

Une part de la gratuité qui relève de l’Etat, et puis une bonne part de la gratuité relève des collectivités locales. Là aussi, parlons franchement. Transport scolaire : j’entends bien la gratuité, mais rien n’est jamais gratuit. Il y a bien une collectivité qui paie. En l’occurrence, ce sont les conseils généraux qui paient. Dans l’état actuel des finances publiques départementales, si vous ne prenez pas conscience de ce qui s’est passé depuis des années, c’est-à-dire du transfert de charges sur les collectivités locales et les départements, vous aurez des mouvements de retrait par rapport à la gratuité des transports. Donc nous devons engager cette politique aussi par rapport à un financement nouveau des collectivités locales et à une clarification de leurs compétences.

Ensuite, il y a ce qui peut être fait par rapport à la gratuité d’un certain nombre de matériels. Les régions, en matière de lycées, ont fait des choix courageux. Là encore, elles n’y étaient pas obligées. Ce n’était pas dans leurs compétences. Et notamment pour les lycées professionnels, qui avaient plus de charges que d’autres pour suivre un certain nombre d’enseignements. Et d’ailleurs, toutes les régions n’ont pas forcément engagé les mêmes politiques de gratuité et nous avons encore des écarts très considérables selon les régions pour les frais de l’enseignement professionnel.

Par ailleurs – mais je sais que c’est parfois contesté –, je considère que l’équipement numérique doit être aussi apporté aux élèves, ce que l’Etat ne fait pas et que les collectivités font le plus souvent. Et là encore, c’est un élément de gratuité.

Donc sur le sujet de la gratuité, nous aurons, Etat et collectivités locales, à faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres.

Faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres, voire l’allocation de budgets aux collectivités locales et territoriales : ne faudrait-il pas aussi envisager que dans le cadre de cette révision, les crédits alloués aux collectivités – du moins une partie – soient fléchés éducation/gratuité ?

Reposez-moi la question sur le fléchage.

Je dis qu’il ne suffira pas de revoir les modes de financement des collectivités territoriales, mais que des choix politiques s’opèrent régionalement, localement. Et nous savons quelque fois les dérives ou les choix qui peuvent être opérés. Puisque nous savons que la gratuité est affirmée dans la Constitution, quelle mesure pourriez-vous prendre pour que les financements alloués aux collectivités locales ou territoriales soient fléchés éducation/gratuité et ne puissent être détournés de leur objectif ?

Les collectivités locales ne détournent pas de leur objectif les fonds qui leur sont dédiés, notamment les dotations.

Cela dépend lesquelles.

Non, je ne crois pas qu’on puisse dire cela. Les dotations aux collèges sont généralement insuffisantes, complétées, d’ailleurs, par les collectivités locales. Pareil pour les lycées. Ce que je vois, en revanche, apparaître – et je veux vous interpeller là-dessus, parce que cela renvoie à votre question –, c’est que la décentralisation est un bon principe. Le fait d’avoir transféré aux régions, aux collèges, le financement des équipements est un bon choix. Les départements et les régions ont souvent complété les dispositifs. Il y a maintenant un risque d’inégalité sur le territoire. Je vais prendre un exemple qui m’a été donné, entre ce qui est fait dans un département, les Hauts-de-Seine – département favorisé, riche, pas partout – et le département de la Seine-Saint-Denis. On voit que les collectivités locales qui ont des moyens supplémentaires par rapport à d’autres font davantage sur la gratuité, sur le soutien, sur l’accompagnement, sur l’animation extrascolaire, sur les voyages. Et donc, je pense qu’une péréquation sera nécessaire entre départements et entre régions pour assurer l’égalité.

Bien sûr, par « détourner », je voulais dire qu’il fallait qu’un choix politique soit opéré en matière éducative.

François Hollande, comme tous les candidats qui vous ont précédé, vous avez dix minutes de libre expression à la tribune, pour insister sur les points que vous souhaitez.

J’ai déjà beaucoup parlé ! Mais si vous voulez que je continue…

C’est la règle, depuis ce matin.

Pourrez-vous nous préciser durant cette intervention si, comme certains candidats, ce que vous envisagez de mettre en œuvre est à moyens constants ou pas.

D’abord, merci pour votre écoute, pour vos questions, pour vos exigences. J’ai bien compris que je ne pouvais pas satisfaire toutes les demandes. Et, chacun l’aura bien compris, si je vous avais dit oui à tout, vous n’auriez pas forcément pensé que je pourrai faire tout ce que j’ai promis. Si ? C’est que vous avez grande confiance en moi et je vous en remercie !

Mais j’ai fait de ma campagne présidentielle le choix de mettre la jeunesse au cœur de mes engagements. Je ne l’ai pas fait pour vous complaire ou vous plaire. Je l’ai fait parce que c’est le devoir, aujourd’hui, de celui ou de celle qui sera le prochain chef de l’Etat. Je considère que même et parce que nous sommes dans le contexte budgétaire, contexte financier, contexte économique que nous connaissons, nous avons le devoir de préparer nos enfants à la réussite. Je veux la réussite de tous les élèves ! Pas la réussite pour chacun. La réussite de tous. L’école ne doit pas être avant tout une machine à trier, à écarter ou à orienter. Elle doit permettre, avant ce moment décisif du choix de la filière et du métier, à chaque élève – par l’acquisition des compétences – de s’épanouir en tant qu’individu et en tant que futur citoyen. Voilà le sens et l’objectif de la politique que je veux mener au-delà même de l’éducation.

Car la jeunesse n’est pas simplement l’éducation. C’est l’ensemble des politiques publiques qui doit être orienté vers cette obligation de faire réussir la génération qui vient.

Néanmoins, je ne peux que m’alarmer du chiffre que vous connaissez : 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification. Je considère que c’est un terrible gâchis – gâchis de moyens, gâchis de chances, gâchis de compétences. Mon premier devoir sera de permettre que le gouvernement réduise de moitié le nombre de ces jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification.

Il ne suffit pas de lutter contre l’échec. Il faut faire réussir chacun et chacun, c’est-à-dire tous. Comment y parvenir ? Vous me demandez des moyens. J’ai dit que dans ce moment contraint, où les effectifs de la fonction publique seront stabilisés, je mettrai davantage de postes dans l’Education nationale.

Nous avons l’objectif aussi, je l’ai évoqué, d’améliorer le taux de scolarisation des moins de trois ans – il sera triplé –, d’agir dans les zones de très grande difficulté, de relever le taux d’encadrement, et notamment aux premières années de la vie scolaire, c’est-à-dire grande section, CP, CE1. Je ne peux pas admettre qu’arrive en sixième un tiers d’une génération qui ne possède pas les savoirs fondamentaux.

La réforme des rythmes scolaires sera donc une priorité. Nous articulerons mieux le temps scolaire, le temps éducatif et le temps de l’enfant. J’augmenterai le nombre de jours d’école sur l’année et je déciderai le retour, comme je l’ai dit, à la semaine de quatre jours et demi.

Ces réformes seront aussi des réformes de contenu et d’innovation pédagogique. Et à cet égard, je rétablirai la formation initiale des enseignants. La réforme dite de la mastérisation a été, en définitive, un assèchement des moyens pour l’école et une diminution – hélas – du nombre de candidats pour les postes aux concours. Il y aura donc une formation initiale digne de ce nom, avec des écoles supérieures de professorat et de l’éducation intégrées à l’université. Mais nous rétablirons aussi les moyens de la formation continue des enseignants, si nous voulons leur permettre, avec vous, de faire une pédagogie qui soit adaptée aux rythmes des enfants, à leur mentalité, à leurs savoirs, à leur évolution dans la vie.

Je considère que l’enseignement supérieur lui-même devra être une priorité, une vraie filière d’excellence et pas simplement une orientation.

Ensuite, je suis venu vous dire ce que j’entendais faire sur trois ou quatre sujets en plus de ceux que j’ai indiqués comme priorités. D’abord, la carte scolaire – c’est-à-dire la volonté de mixité scolaire. Nous reverrons le mécanisme de la carte scolaire, de façon à ce qu’il y ait sans doute un choix dans un périmètre, mais qu’il y ait surtout la possibilité pour tous les enfants d’avoir des échanges, d’avoir des chances, d’avoir des conditions que leur permette de réussir pleinement leur scolarité. Brasser les élèves, équilibrer les profils scolaires, c’est un avantage pour chacun. Donc nous le ferons.

Deuxième sujet que je voulais évoquer devant vous – mais cela a été fait –, c’est la laïcité. Nous devons former les professeurs à la laïcité. Ils le sont déjà, notamment pour les enseignants d’histoire, mais nous devons le faire davantage dans la pratique. Je ferai en sorte que dans les programmes d’enseignement, la laïcité – c’est-à-dire aussi l’enseignement des religions – puisse se faire.

Je créerai enfin ou, plus exactement, j’engagerai enfin la création de l’Observatoire de la laïcité dont le décret de création a été signé il y a cinq ans, mais qui n’a toujours pas été mis en œuvre.

Enfin, je suis très attentif au service public de l’orientation. Je veux que nos enfants puissent être suivis très tôt pour être accompagnés à toutes les étapes de la vie scolaire. Et que l’orientation ne vienne pas comme une sanction, mais comme une condition de réussite.

Enfin, nous avons besoin de personnels avec plusieurs métiers, dans l’école : métier d’enseignant, qui est le métier fondamental – transmettre le savoir, la connaissance –, mais aussi d’autres métiers. Métiers de surveillance, d’accompagnement, mais également les métiers qui sont aujourd’hui menacés : médecins scolaires, assistantes sociales, infirmières scolaires – parce que c’est aussi un moyen de repérer bon nombre de difficultés, d’alerter les familles.

Enfin, et j’en termine là, nous avons besoin des familles, mêmes des familles qui sont les plus éloignées, mêmes des familles les plus pauvres – que nous devons aider, aussi, à réussir ou faire réussir leurs enfants. Et donc, il y aura parmi un ensemble de dispositifs, une mesure qui permettra d’aider les parents, d’aller au soutien des parents. Et pour les familles, souvent monoparentales, dont on sait que la mère – car il s’agit le plus souvent de la mère –, ne possède pas tous les éléments de la langue française, notre devoir est aussi de faire que les parents reçoivent une formation, une éducation et une forme de compréhension des enjeux du savoir pour leurs enfants.

Enfin, je voulais vous dire, vous parents, vous si engagés pour la réussite de l’école : c’est une grande cause que de poursuivre la réussite éducative. C’est un grand enjeu, à travers l’élection présidentielle, de savoir quelle place nous donnons à l’école. Il y a plusieurs options qui vous sont ouvertes, ou plus exactement plusieurs choix de conception même de l’école. Jamais peut-être, dans une élection présidentielle, il y a eu, sur la question de l’école, deux politiques si différentes. Pas une politique quantitative contre une politique qualitative, comme on le dit souvent. Pas simplement une politique avec moins d’enseignants d’un côté et plus d’enseignants de l’autre, d’enseignants mieux payés ou d’enseignants moins bien payés. Non, deux conceptions de l’école. Une conception qui considère que l’école n’est là que pour sélectionner, pour mettre en compétition, en concurrence. Et une autre conception qui est celle, sans doute, de notre histoire, mais surtout de notre avenir : une école de la réussite, une école de l’émancipation, une école de l’égalité, une école du suivi, de l’accompagnement, une école qui permet d’avoir à chaque fois non pas une chance, mais deux chances, trois chances, autant de chances qu’il est nécessaire. Une école qui permette non seulement la réussite de l’enfant, non seulement la satisfaction de parents qui ont beaucoup donné pour que leurs enfants puissent avoir une vie meilleure qu’eux, mais aussi la condition du redressement de la France.

Nous sommes dans un moment où nous nous interrogeons sur le destin de notre pays. Que va-t-il devenir ? Est-il encore capable de prendre sa place en Europe, dans la mondialisation ? Faut-il baiser notre protection sociale, réduire nos coûts salariaux ? Eh bien l’une des réponses, peut-être même la principale, est la suivante. Est-ce que nous sommes capables d’élever le niveau de formation, de qualification, de connaissance, du savoir ? Est-ce que nous sommes capables d’avoir une école qui va nous donner toutes les conditions pour le redressement du pays, de la maternelle jusqu’à l’université, en faisant en sorte qu’il y ait une possibilité pour chaque génération de donner le meilleur d’elle-même ? C’est à ces conditions-là que nous pourrons redresser la France dans la justice et en donnant la plus belle des espérances qui soit : la réussite d’une génération qui doit vivre mieux que la nôtre.