Le combat contre le Covid-19 nécessite plus que jamais la mobilisation de tous et l’unité nationale. Cette exigence appelle néanmoinsune transparence totale sur la gestion de la crise sanitaire. A cet égard, nos concitoyens s’interrogent légitimement sur les modalités du déconfinement, mais également sur ce que sera la France d’après…

Au lendemain de la conférence de presse du Premier ministre, plusieurs questions restent toujours en suspens : quelles sont notamment les dispositions prises pour assurer la protection des enfants, des enseignants et des personnels des établissements scolaires au moment de la réouverture des crèches, des écoles, des collèges et des lycées ? Quand et surtout comment l’Etat sera-t-il en mesure de fournir des masques à ceux qui travaillent et plus largement à tous les Français ? Pourquoi faut-il attendre encore deux semaines pour connaître le détail d’un plan de sortie du confinement clair et précis ? Les réponses à ces questions qui n’ont rien de polémique sont de nature à rassurer la population et préparer dans les meilleures conditions possibles l’après-confinement.

Beaucoup s’interrogent aussi sur les orientations économiques et sociales qui vont être prises à l’issue de cette crise. L’épidémie est en effet un révélateur des injustices et des incohérences du système économique actuel. Chaque jour qui passe, la crise sanitaire accroît les inégalités et les fractures sociales dans notre pays. En France, 6e puissance économique mondiale, de nombreux enfants pour lesquels le seul vrai repas quotidien était celui de la cantine n’y ont plus accès. Dans de nombreuses familles, le confinement aggrave non seulement l’injustice sociale, les difficultés scolaires mais aussi les violences intrafamiliales.

Dans ce contexte, toutes les mesures de solidarité en direction des familles les plus fragiles comme le soutien apporté aux entreprises sont indispensables pour ne pas ajouter à la crise épidémique une catastrophe économique et sociale. Il ne faudrait pas non plus que la facture de cette crise soit payée par les « premiers de tranchée » et les classes moyennes. L’effort financier doit d’abord porter sur les plus fortunés : l’Impôt de Solidarité sur la Fortune doit être rétabli et la flat tax abrogée. Il faudra aussi reconnaître davantage, et pas seulement les payer de mots, ceux qui permettent depuis des semaines – en réalité depuis bien plus longtemps – à notre pays de tenir debout : les personnels soignants, les caissières, les chauffeurs-livreurs, les agents des services publics, etc. Ceux-là même que les « réformes » du code du travail et des retraites avaient stigmatisés il n’y a pas si longtemps…

L’épreuve du coronavirus a montré la vulnérabilité de nos sociétés fragilisées par des décennies de politiques libérales ayant érigé le chacun pour soi en culte et la rentabilité en dogme. Politiques qui n’ont cessé d’affaiblir les services publics et celui de la santé en premier lieu. Cette crise peut être demain l’occasion de faire surgir de nouvelles voies possibles sur le plan social, économique, politique et même éthique. Il ne pourra s’agir de repartir comme avant dans l’indifférence aux menaces qui pèsent sur la planète. Il est en effet urgent de préparer dès maintenant le passage vers un nouveau modèle de société plus juste et équitable, plus respectueux des personnes, de l’environnement et du vivant, plus sobre en énergie et économe des ressources naturelles. Après cette crise sans précédent, il n’y aurait rien de pire que de retomber dans une forme de facilité mortifère qui privilégie l’avoir à l’être, qui confond la recherche du bonheur avec l’accumulation de biens et de richesses…pas toujours indispensables.